200911Interview de Anne Deschamps de Géoazur et de Helle Pedersen du Laboratoire de géophysique interne et tectonophysique, Grenoble. Rédigé par Denis Delbecq (CNRS).

Article paru dans le journal du CNRS de novembre 2009. Article publié dans les actualités du CNRS le 28 juin 2012

Le tsunami du 26 décembre 2004, avec 230 000 victimes, a réveillé les esprits : aucune côte n'est à l'abri de ces vagues meurtrières. La France va donc se doter d'un Centre régional d'alerte aux tsunamis pour l'Atlantique Nord-Est et la Méditerranée (Cratanem).
Régional, parce qu'il s'insérera dans le dispositif mondial coordonné par l'Unesco qui est, pour l'instant, surtout opérationnel dans le Pacifique. Une convention-cadre a été signée en septembre dernier à l'instigation des ministères français de l'Intérieur et de l'Environnement. Elle organise la collaboration entre l'Institut national des sciences de l'Univers du CNRS (Insu), le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et le Service hydrographique et océanographique de la marine (Shom).

Objectif : mettre en place un système capable d'alerter les autorités françaises – et internationales – moins de quinze minutes après la survenue d'un séisme susceptible d'engendrer un tsunami menaçant les côtes françaises de l'Atlantique et de la Méditerranée.

« Évaluer rapidement le risque de formation d'un tsunami est une gageure, expliquent Helle Pedersen, du Laboratoire de géophysique interne et tectonophysique (LGIT)1 et Anne Deschamps, du laboratoire Géosciences Azur2, qui coordonneront les efforts du CNRS pour ce projet. La nature même des ondes sismiques et des méthodes d'analyse fait que plus une secousse est importante, et susceptible de provoquer un tsunami, plus il faut de temps pour s'assurer de sa profondeur et de sa magnitude exactes. Il faut parfois des centaines de secondes. » Autrement dit de précieuses minutes quand les vagues qui menacent plages et côtes basses voyagent à plus de 500 km/h.

Grâce à son réseau de détection des explosions nucléaires souterraines, basé entre autres sur des stations sismologiques à l'écoute des soubresauts de la Terre, le CEA est un acteur majeur des alertes sismiques euro-méditerranéennes. Quatre stations sismologiques de l'Insu installées en Corse et sur les côtes méditerranéennes viendront compléter le dispositif. Elles seront équipées d'un système de communications par satellite qui transmettra les mesures avec un décalage de quelques secondes seulement au Cratanem, installé au CEA à Bruyères-le-Châtel (Essonne). Le Shom fournira les mesures de hauteur d'eau de ses marégraphes. L'ensemble devrait être opérationnel fin 2012. Dans ce même esprit de collaboration, les données des sismographes du CEA viendront enrichir le réseau instrumental Resif 3 mis en place par l'Insu – et piloté par Helle Pedersen – pour étudier les risques sismiques, la structure interne de la Terre et les ressources du sous-sol.

Denis Delbecq
Notes :
1. Unité CNRS / Université Joseph-Fournier de Grenoble / Laboratoire central des Ponts et Chaussées / IRD / Université de Savoie / Observatoire des sciences de l'Univers de Grenoble.
2. Laboratoire CNRS / Université de Nice Sophia-Antipolis / IRD / Université Paris-VI / Observatoire de la Côte d'Azur.
3. Résif (Réseau sismologique français) est classé comme projet de Très grande infrastructure de recherche par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.
Contacts :
Helle Pedersen,
Laboratoire de géophysique interne et tectonophysique, Grenoble
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Anne Deschamps,
Géosciences Azur, Nice
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