Des chercheurs(es) du laboratoire Géoazur (Université Côte d’Azur, Observatoire de la Côte d’Azur, IRD, CNRS) et de l’Autorité de Sureté Nucléaire et de Radioprotection (ASNR) viennent de caractériser le potentiel sismogénique de la faille Ligure située au large de la Riviera franco-italienne en utilisant des données de différentes natures (sismologiques, géodésiques et géologiques). Cette zone côtière, densément peuplée (Cannes-Nice-Monaco-San Remo-Imperia…) et riche en infrastructures, est particulièrement vulnérable aux séismes et aux tsunamis. Ces travaux ont été publiés en mars 2026 dans la revue Nature Communications Earth & Environment.
La Côte d’Azur et la Riviera Ligure ont subi dans le passé plusieurs séismes dévastateurs, en particulier le 23 février 1887 (magnitude ~6,8). Ces séismes, dit « intraplaques » car ils sont situés loin des limites des plaques tectoniques, sont particulièrement difficiles à analyser du fait de leur rareté : aucun évènement similaire ne s’est produit depuis 1887 sur cette partie de la côte Méditerranéenne. Les recherches entreprises sur les conséquences du séisme de 1887, et sur la faille qui en est à l’origine, ont permis d’aboutir à un scénario fiable pour ce séisme. Ce scénario a servi de base pour établir le potentiel sismogénique de la faille Ligure. La capacité de cette faille à produire des séismes forts est avérée.
L’analyse combinée de l’ensemble des données de sismologie et de géodésie spatiale enregistrées par les réseaux depuis plusieurs décennies (EPOS-FREPOS-FR , SisFrance), ainsi que des données géologiques sur le long terme, permettent d’estimer le temps de récurrence de ces évènements ainsi que d’étudier l’évolution du comportement de la faille Ligure au cours du temps. C’est maintenant une des failles sismogéniques intraplaque sous-marine caractérisée avec précision.
D’un point de vue général, ces résultats amènent à discuter les procédures d’estimation de l’aléa sismique dans les zones intraplaques. Les calculs probabilistes de l’aléa, couramment utilisés, ne tiennent en effet que très peu compte des rares séismes forts qui se produisent sur les failles dans de telles zones. Ces travaux montrent qu’il serait nécessaire de compléter l’estimation probabiliste avec une approche déterministe dans les zones ayant subi des séismes historiques forts.
Plusieurs défis apparaissent pour le futur. Cette étude témoigne que seule la partie centrale de la faille Ligure a rompu lors du séisme de 1887 (cf figure jointe) et que les segments adjacents pourraient produire un séisme équivalent. L’observation de la faille Ligure est donc un impératif pour prévenir les conséquences d’un tel évènement. Par ailleurs, l’analyse de l’origine et de l’intensité d’un séisme similaire qui pourrait se produire dans le futur permet de mettre en place des scénarios de crise mobilisant les administrations en charge de la sécurité civile pour construire une chaine d’actions post-catastrophes optimisée.
Référence publication : Strong earthquakes on the French-Italian Mediterranean Riviera Nature Communications Earth & Environment 7, 410 (2026),
Contacts :
Christophe Larroque : larroque@geoazur.unice.fr
Oona Scotti : oona.scotti@asnr.fr
Françoise Courboulex : courboulex@geoazur.unice.fr
































