Le vendredi 2 octobre 2020 un épisode pluvieux de type "méditerranéen" d'une violence à priori non encore mesurée s'est abattu en quelques heures sur le nord des Alpes-Maritimes dans la zone du Mercantour. Les conséquences humaines et territoriales sont catastrophiques.

 

La carte hydrovolumétrique ci-dessous donne une idée de l'ampleur de ce phénomène très violent:

carte pluies Alex

 

Dans les 4 principales vallées concernées: Roya, Tinée, Var et Vésubie la quantité de routes détruites représente une longueur cumulée calculée de 52 km sans parler des très nombreux ouvrages d'art endommagés ou totalement emportés par la violence des eaux. Les réseaux associés souvent à ces routes ont été détruits: Electricité, téléphonie, eau potable, etc.

 

Pour visualiser la hauteur pouvant être atteinte voici une photo du pont situé en amont de St Jean de Rivière dans le passage étroit des gorges de la Vésubie:

pont st jean riviere Alex octobre2020 

Le décapage profond des blocs rocheux est un indicateur de la vitesse et donc

de la quantité de mouvement de l'eau mise en jeu dans ce type de goulot d'étranglement

 

Tout en relativisant les choses face à la gravité de cette catastrophe 6 stations sismologiques de l'Observatoire sismologique ont été concernées par cet évènement. Dans l'après-midi du 2 octobre le système de supervision développé par l'Observatoire sismo dans le cadre d'une de ses missions nationales Résif a constaté l'interruption des flux de données pour les stations:

•  ENAUX: Vallée de Daluis,

•  ISO: Vallée de Tinée,

•  BELV, SPIF: Vallée de la Vésubie,

•  PIAF, SAOF: Vallée de la Roya.

 

La densité des stations et leur répartition mise en oeuvre par l'Observatoire a toutefois permis de conserver des points de mesures. La carte suivante montre l'implantation des 6 stations ci-dessus:

 carte stations coupees Alex octobre2020b

 

En prévision de risques majeurs dès leur création ou suite à des jouvences toutes les stations de l'Observatoires sont durcies et équipées de façon à permettre si possible une récupération des données à postériori. Les points faibles des stations restent la fourniture en énergie et les moyens de communications, surtout en site éloignés.

 

Concernant l'énergie le réseau de distribution moyenne-tension (25 kV) d'Enédis est très fortement maillé. De plus l'énergie est un fluide stratégique sur lequel le maximum de moyens de rétablissement est toujours mis. Les évènements climatiques antérieurs le démontrent. Le réseau de distribution basse-tension (230 V) par contre n'est pas maillé et s'il ne peut pas être rétabli c'est toute une flotte de groupes électrogènes Enédis qui est déployée très rapidement avec les moyens nécessaires ensuite pour les alimenter en fuel.

 

En métropôle Enédis possède un parc de 2600 groupes électrogénes répartis sur 6 plate-formes de stockage baptisées "SERVAL". Voici une photo de la plate-forme d'Aix en Provence qui a fourni pour la tempête Alex une centaine de groupes 100 kVA héliportés sur les zones sinistrées:

la plate forme groupe electrogenes grand est d enedis a pagny sur meuse jean noel portmann 1570004680

 

Connaissant cette capacité un dimensionnement correct des batteries des stations permet de tenir plusieurs jours en attendant le rétablissement de l'énergie.

 

Le point faible est plutôt lié aux moyens de communications avec une lecture des risques liée à la technologie mise en oeuvre:

 

Lien filaire type ADSL: On est directement tributaire de la remise en place de réparations plus ou moins provisoires. Par exemple dans les vallées ci-dessus les fibres optiques Orange nouvellement installées il y a 2 ou 3 ans ont été détruites dans la Vésubie. En règle générale c'est sur ces moyens que l'on aura les durées de rétablissement les plus longs.

Les liens type GSM: Ces liens sont robustes de par leur immatérialité. Leurs points faibles résident surtout au niveau des relais eux-mêmes qui sont alimentés par le réseau de distribution Enédis. Par sécurité tous les relais possèdent des onduleurs permettant de palier à des défauts transitoires d'alimentation, par contre en fonction de leur importance ils ne sont pas tous équipés de groupes électrogènes fixes. Ainsi le relais GSM de la station SPIF ne possède pas de groupe de secours alors que celui de la balise du Mont Vial en possède un.

Les liens SATELLITE: Ce sont les liens les plus robustes car ils transitent directement par un satellite. Les hubs de réception sont doublés et très fortement sécurisés. Donc si on s'assure côté station que les équipements de transmission sont bien sécurisés, on ne reste tributaire que de l'alimentation du site. C'est ce qui s'est passé à la station PIAF située à Tende.

 

Pour illustrer cela voilci les dates et délai de reconnection de ces 6 stations suite à leur coupure du 2 octobre dernier après-midi:

 

 Code

station

Commune / Vallée

Date

de retour

Durée de

l'interruption

Type

de lien

 ENAUX  Villeneuve d'Entraunes / Daluis 06/10  4 j
ADSL
 ISO  Isola / Tinée
06/10  4 j
ADSL
 BELV  Belvédère / Vésubie
07/10  5 j
ADSL
 PIAF  Tende / Roya
08/10  6 j
SATELLITE
 SPIF  Venanson / Vésubie
13/10  11 j
3G
 SAOF  Saorge / Roya
27/10  25 j
ADSL

 La Tinée en jaune clair a été moins impactée que les 2 autres vallées en orange

 

On retrouve dans ce tableau une certaine logique. Les liens les plus faibles sur des sites fortement impactés ont mis beaucoup de temps à revenir, exemple type: SAOF.

A contrario le site sur satellite (PIAF) dans une zone très fortement touchée est revenu avec l'énergie alors que la ligne RTC support de l'ADSL est toujours HS. Le lien 3G de la station SPIF est revenu dès que la balise GSM a été à nouveau alimentée.

 

En conclusion les options techniques prises pour l'installation de ces sites et les choix concernant les moyens de communication ont montré une réelle et simple efficacité. Cela nous servira pour améliorer encore la résilience globale de notre réseau de stations.

 

 

logo obsismo